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    Une interprétation gentille de l’athéisme en religion…

    In the ordinary theological universe, your duty is imposed onto you by God or society or another higher authority, and your responsibility is to do it. But in a radically atheist universe, you are not only responsible for doing your duty, you are also responsible for deciding what is your duty. There is always in our subjectivity, in the way we experience ourselves, a minimum of hysteria. Hysteria is what? Hysteria is the way we question our social, symbolic identity. What is hysteria at its most elementary? It’s a question addressed at the authority which defines my identity.  It’s « Why am I what you are telling me that I am? » In psychoanalytic theory, hysteria is much more subversive than perversion. A pervert has no uncertainties while, again, the hysterical position is that of a doubt, which is an extremely productive position. All new inventions come from hysterical questioning. And the unique character of Christianity is that it transposes this hysterical questioning onto God himself as a subject…. How did we come to that unique point, which I think makes Christianity an exception? It all began with the Book of Job…. No meaning in catastrophes. Here we have the first step in the direction of delegitimizing suffering. The contrast between Judaism and Christianity is the contrast between anxiety and love. The idea is that the Jewish God is the God of the abyss of the Other’s desire. Terrible things happen. God is in charge, but we do not know what the big Other, God, wants from us. What is the divine desire? To designate this traumatic experience, Lacan used the Italian phrase, Che vuoi? « What do you want? » This terrifying question, « But what do you want from me? » The idea is that Judaism persists in this anxiety, like God remains this enigmatic, terrifying Other. And then Christianity resolves the tension through love. By sacrificing his son, God demonstrates that he loves us. So it’s a kind of an imaginary, sentimental, even, resolution of a situation of radical anxiety. If this were to be the case, then Christianity would have been a kind of ideological reversal or pacification of the deep, much more shattering Jewish insight. But I think one can read the Christian gesture in a much more radical way. This is what the sequence of crucifixion in Scorsese’s film shows us. What dies on the cross is precisely this guarantee of the big Other. The message of Christianity is here radically atheist. It’s the death of Christ is not any kind of redemption or commercial affair in the sense of Christ suffers to pay for our sins. Pay to whom? For what? and so on. It’s simply the disintegration of the God which guarantees the meaning of our lives. And that’s the meaning of the famous phrase, Eli, Eli, Lama Sabachthani. « Father, why have you forsaken me? » Just before Christ’s death, we get what in psychoanalytic terms we call subjective destitution, stepping out totally of the domain of symbolic identification, canceling or suspending the entire field of symbolic authority,
    the entire field of the big Other. Of course, we cannot know what God wants from us, because there is no God. This is the Jesus Christ who says, among other things, « I bring sword, not peace. »  « If you don’t hate your father, your mother, you are not my follower. » Of course this doesn’t mean that you should actively hate or kill your parents. I think that family relations stand here for hierarchic social relations. The message of Christ is, « I’m dying, but my death itself is good news. It means you are alone, left to your freedom.
    Be in the Holy Ghost, Holy Spirit, which is just the community of believers. » It’s wrong to think that the Second Coming will be that Christ as a figure will return somehow. Christ is already here when believers form an emancipatory collective. This is why I claim that the only way really to be an atheist is to go through Christianity. Christianity is much more atheist than the usual atheism, which can claim there is no God and so on. But nonetheless it retains a certain trust into the big Other. This big Other can be called natural necessity, evolution or whatever. We humans are nonetheless reduced to a position within a harmonious whole of evolution, whatever…

    Slavoj Zizek, the pervert guide of ideology, 2012.

  • Dans les salles

    Cela fait bientôt deux ans que je travaille au Bozar, et avec le temps mon étonnement s’est transformé en constat. Au début, j’étais surpris ; aujourd’hui je le suis moins, mais je demeure frappé par une chose : sur près de trois cents personnes, très peu semblent réellement s’intéresser à l’art. Beaucoup sont là parce qu’ils ont un emploi, et ils auraient pu l’exercer ailleurs. L’art en soi ne paraît pas être leur moteur. Cela me semble injuste pour tous ces étudiants qui sortent des écoles d’art, qui ne trouvent pas de travail et qui seraient prêts à occuper n’importe quelle fonction — gardien de salle, agent d’accueil, entretien — simplement pour être au contact des œuvres.
    Mes collègues de salle et les autres qui nous entouraient n’avaient pour la plupart aucune formation artistique. Leur rapport à l’art était une affaire de goût souvent situé socialement : il fallait que ce soit beau, bien peint, avec de belles couleurs, immédiatement lisible. Sinon, cela prêtait à ironie ou à indifférence. Ce n’était pas une hostilité construite, ni une critique argumentée ; c’était un rapport spontané, presque réflexe, qui renvoyait à une conception très précise de ce que l’art “doit” être. Et comme il n’y avait pas de formation artistique pour déplacer ou complexifier ce rapport, il restait tel quel, assumé, tranquille. Mais mes collègues d’alors étaient aussi très vivants, ils aimaient rire, s’indigner, ils s’intéressaient les uns aux autres, on allait boire des verres, de vraies rencontres avaient lieu, des intrigues amoureuses aussi…
    « En face », les bureaux situés galeries Ravenstein, et en face de « en face » le Palais des Beaux-Arts conçu par Victor Horta. Cette division évoque la recherche du temps perdu, les salons lumineux d’un côté, les offices et les circulations invisibles de l’autre. Les étages nobles face aux dessous du bâtiment. Ceux qui travaillaient en sous-sol ou dans les salles — la majorité — formaient en quelque sorte le “petit peuple” de l’institution. J’en faisais partie. l’institution elle-même était, et reste toujours profondément hiérarchisée, avec une verticalité très marquée — j’en ai déjà touché un mot ailleurs.
    Après deux ans et demi, je suis passé de l’autre côté, dans les bureaux. Et c’est là que l’atmosphère m’a semblé la plus dure. elle n’encourageait ni les échanges ni les dialogues transversaux. On travaille dans la culture, au contact des artistes — du moins en théorie. Car, dans les faits, les artistes vivants dérangeaient. C’est vrai qu’ils ont un ego, des exigences, des inquiétudes, des revendications ; ils demandent de l’attention, du dialogue, parfois du conflit. Un artiste vivant complique les choses. À bien des égards, l’artiste idéal semblait être l’artiste mort : il ne discute pas, ne conteste pas, ne demande rien. Il est patrimonial, stabilisé, administrativement confortable. Cette préférence implicite dit quelque chose du rapport entretenu à l’art : on valorise l’œuvre consacrée, figée, beaucoup moins le processus vivant, instable, imprévisible.
    Je repense notamment à la cheffe des coordinatrices, Sophie Lauwers. C’était une femme d’une sécheresse et d’une dureté rare. Tout dans son visage exprimait l’inflexibilité. Elle pouvait se montrer aimable, mais toujours avec une dimension stratégique, presque cynique. Lorsqu’elle traversait les couloirs, elle m’évoquait Ma’ Dalton, la mère des 4 frères Dalton, drôle de référence que je n’ai jamais bien comprise moi-même et pourtant c’était clair que cette figure autoritaire sortie d’un roman imposait immédiatement une distance. Je ne ferai pas son portrait maintenant.
    Ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas tant la hiérarchie en soi — elle existe partout — que la forme qu’elle prenait ici. Une morgue, parfois une absence élémentaire de courtoisie. Des collègues, le plus souvent « d’en face » qui vous croisaient sans saluer alors qu’ils savaient parfaitement qui vous étiez. Ce sont des détails, mais répétés, ils construisent un climat. Bien sûr, il y avait aussi des différences culturelles, des habitudes diverses. L’addition : vieille culture flamande + lutte des classes = très difficile.

    Au fond, ce qui me trouble encore, c’est ce paradoxe : travailler dans un lieu dédié à la culture et à la création, et y rencontrer si peu de curiosité véritable, si peu d’élan partagé autour de ce qui devrait pourtant rassembler ces centaines de personnes. La structure est peut-être en cause, les positions qu’on finit par incarner aussi. Mais il reste cette question : comment un lieu consacré à l’art peut-il produire une atmosphère aussi peu habitée par lui ?
    Rétrospectivement, je garde un meilleur souvenir de mes années de gardien grâce à Andrea, Ibrahim, Andrea, Karl, Hesham, Barbara, Murielle, Nathalie, Gaël, … que de celles passées dans les bureaux, les positions y semblaient davantage incarnées, figées, les individus devenaient leurs fonctions. Les rencontres y étaient plus difficiles.(euphémismes que je me garde de déplier plus tard) Dans les salles, malgré la rudesse de certaines conditions, au fond il y avait cette chose toute simple, plus d’humanité.