Easy
« Ce que vos ancêtres appelaient des libertés, vous l’appelez déjà des désordres, des fantaisies », s’épouvantait Bernanos.
Il dirait quoi aujourd’hui ?
J’ai longtemps été naïf. Je m’imaginais que les Justes Causes faisaient partie de ce qui va de soi. Et que tout ce dont il est intéressant de discuter commençait là où s’arrête ce qui va de soi. Je me trompais évidemment. Ce n’est pas parce qu’on est tous bien d’accord, que l’on condamne tous la mort, l’apartheid, le cancer, les incendies de forêt, ce n’est pas parce que l’on préfère tous la tolérance, le cosmopolitisme, les échanges entre peuples et cultures, qu’on souffre tous pour les Éthiopiens, pour les nouveaux pauvres, pour les affamés du Sahel, que ce sont des raisons valables pour ne pas le redire mille fois par jour.
Encore doit-on trouver la manière. Il ne suffit pas d’être bénisseur jusqu’à l’os, il faut d’abord avoir l’air, à chaque instant, de découvrir la Lune des Bienfaits. Penser « juste » est une sorte de science.
Penser « juste », c’est penser bien, mais avec assez de virulence apparente pour que l’auditeur ou le lecteur ait l’impression que vous pensez seul, et surtout très périlleusement, contre de terribles ennemis, avec un courage inégalable.
C’est toujours amusant, les effets de manches, c’est toujours drôle les effets de muscles de ceux qui font semblant d’avoir voué leur vie à la Bienfaisance. Ça doit être assez agréable, de n’arbitrer que des parties jouées, des batailles où on connaît les vaincus avant de les avoir engagées.
In L’empire du Bien, Philippe Murray, 1991.

