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    Des fois de l’orgueil mais c’est que des fois justement, la parole manque

    9 août 201129 mai 2025

    Par Grégoire Legrain

    Dans les contacts avec les personnes qui ont la pudeur des sentiments, il faut savoir dissimuler : elles sont susceptibles d’une haine subite pour qui surprend chez elles un sentiment délicat, enthousiaste ou sublime, comme s’il avait vu leurs secrets. Si on tient à leur être agréable en pareils instants, qu’on les fasse rire ou qu’on leur décoche quelque froide raillerie : leur émotion se glacera et elles se ressaisiront aussitôt.

    Mais je donne ici la morale avant l’histoire.

    Nous avons été un jour si proches l’un de l’autre dans la vie que rien ne semblait entraver notre amitié et notre fraternité, seul l’intervalle d’une passerelle nous séparait encore. Et voici que tu étais sur le point de la franchir, quand je t’ai demandé : « Veux-tu me rejoindre par la passerelle ? » Mais déjà tu ne le voulais plus, et à ma prière réitérée tu ne répondis rien ! Et depuis lors, des montagnes et des torrents impétueux, et tout ce qui sépare et rend étranger l’un à l’autre, se sont mis en travers, et quand bien même nous voudrions nous rejoindre, nous ne le pourrions plus!

    Mais lorsque tu songes maintenant à cette petite passerelle, la parole te manque et tu n’es plus qu’étonnement et sanglots.

        F. Nietzsche in Le Gai savoir, 1881.

  • littérature

    « Car il y eut des hommes seuls… »

    7 août 201129 mai 2025

    […]
     Pourquoi un jour d’avril 1994 alors qu’il faisait beau, alors que le soleil éblouissait, alors que je sortais du Louvre, ai-je soudain hâté le pas? Un homme qui hâte le pas traverse la Seine, il regarde sous les arches du Pont-Royal l’eau entièrement couverte d’une étincelante blancheur, il voit le ciel tout bleu au-dessus de la rue de Beaune, il pousse en courant une grosse porte en bois rue Sébastien-Bottin, il démissionne d’un coup de toutes les fonctions qu’il exerce.

                                                                                               •
     On ne peut pas être à la fois gardien de prison et un homme évadé.

                                                                                               •

     Tel est le premier argument.
     Benedictus Spinoza appelait les Hollandais les derniers barbares (ultimi barbarorum).
     C’est la lettre cinquante : L’âme, dans la mesure où elle use de la raison, ne relève point de l’État, mais d’elle-même.
     Spinoza opposait à la foule, au vulgus, l’ami, le carus, comme deux pôles contradictoires.
     Il disait : Nous n’attendons pas de liberté de ceux dont l’esclavage est devenu le principal négoce.

                                                                                               •
     Ce que recherchent les individus qui sont solidaires des collectivités où ils travaillent est la fusion dans un corps plus vaste. Ils retrouvent la joie ancienne qui consistait à s’abandonner à un contenant. Ils renoncent à la subjectivité que l’apprentissage du langage introduit dans chacun et aux privilèges problématiques que l’identification nominale accorde. Ils se donnent aux désirs des autres ; ils jouissent des joies nombreuses répétitives, fétichistes, obsédées, sempiternelles des masochistes. Pour reprendre le mot d’Ammien Marcellin ils préfèrent restaurer un tyran déjà connu (qui les humilie dans les limites des lois qu’ils ont édictées pour contenir les blessures excessives)
     soit à l’anxiété imprévisible ;
     soit à l’absence de figure paternelle ;
     soit à son dédain ;
     soit à la solitude.

                                                                                           • 

     Toutes les communautés recherchent la reconnaissance sociale comme un signe lancé de plus loin que l’espace externe, de plus loin que l’air atmosphérique, en amont de la naissance : signe d’appartenance. Ours, alouettes, femmes, homosexuels, malades, mendiants, errants, musiciens, peintres, écrivains, saints, ne vous signalez pas aux pouvoirs politiques.
     Ne réclamez pas de droit au tribunal ni de sens à l’État.
     Tel est le deuxième argument : l’État par définition est sans fondement, comme le droit lui-même.
     Un mort par violence le fonde comme la victime émissaire fait le dieu.
     Comme un martyr fait le tyran.
     Comme Damoclès fait Denys.

                                                                                               • 

     Le refus de l’appartenance sociale fut condamné aux yeux de tous les groupes humains. Cette condamnation est le fond de chaque mythe.
     Comme la passion amoureuse, qui brise l’échange codifié et hiérarchisé entre les membres du groupe pour assurer sa reproduction.
     Homère disait : Un individu apolis est une guerre civile.
     Le vieil aède entend par là que tout homme sans cité est une graine de guerre civile.
     Hérodote  a écrit : aucun individu humain isolé ne peut se suffire.
     Mot à mot : ne peut être autarkes.
     La Bible dit : Malheur à l’homme seul ! Un homme seul est un homme mort.
     Mais c’est faux. C’est toujours ce que la société dit. Dans toute littérature orale le narrateur est la société. Tous les mythes déclarent partout sur terre : Il n’y a pas d’amour heureux, afin de préserver les échanges de clan à clan et les alliances généalogiques.
     Mais c’est faux.
     Car il y eut des amants interdits qui connurent le bonheur.
     Car il y eut des hommes seuls, des ermites, des errants, des périphériques, des chamans, des centrifuges, des solitaires qui furent les plus heureux des êtres.
                                                                                           •  

     Il a existé de tous les temps des individus en rupture avec la famille à laquelle ils étaient affiliés ou avec le clan auquel ils avaient appartenu.
     La décision de s’écarter de tous, le choix périphérique surgit dès le premier foyer dans les bandes animales.

                                                                                          •  

     Depuis l’aube des temps les sources hantèrent les grottes et les grottes attirèrent les vivipares. Ils s’y abritèrent. Ils y revinrent quand les glaciers les eurent évidées en les abandonnant.

    […]

    in Pasqual Quignard, Les Ombres errantes, 2002, folio, pg 152.

  • littérature | philosophie

    À part wow ! et une image, je ne sais pas encore quoi en dire… mais ça viendra.

    5 août 201129 mai 2025
  • musique | voyages

    Ask The Mountains et gentianes jaunes, et moi j’attends des nouvelles chansons de Stina…

    3 août 201129 mai 2025
  • musique

    Je n’oublie pas ces filles bruxello-marocaines, leur générosité lorsque nous étions enfants. Et aujourd’hui, d’essayer d’en faire honorablement quelque chose…

    1 août 201129 mai 2025
  • musique

    Arvo Pärt compose, pour les 750 ans de la cathédrale, Kanonen Pokajanen… ici en 1945.

    29 juillet 201129 mai 2025
  • cinéma

    Hadewijch. Avec ses t-shirt, elle a l’érotisme d’une pucelle d’Orléans

    24 juillet 201129 mai 2025
  • philosophie

    J’aime / je n’aime pas: cela n’a aucune importance pour personne, pourtant…

    21 juillet 201129 mai 2025

     J’aime : la salade, la cannelle, le fromage, les piments, la pâte d’amandes, l’odeur du foin coupé (j’aimerais qu’un « nez » fabriquât un tel parfum), les roses, les pivoines, la lavande, le champagne, des positions légères en politique, Glenn Gould, la bière excessivement glacée, les oreillers plats, le pain grillé, les cigares de Havane, Haendel, les promenades mesurées, les poires, les pêches blanches ou de vigne, les cerises, les couleurs, les montres, les stylos, les plumes à écrire, les entremets, le sel cru, les romans réalistes, le piano, le café, Pollock, Twombly, toute la musique romantique, Sartre, Brecht, Verne, Fourier, Eisenstein, les trains, le médoc, le bouzy , avoir la monnaie, Bouvard et Pécuchet, marcher en sandales le soir sur les petites routes du Sud  Ouest, le coude de l’Adour vu de la maison du docteur L., les Marx Brothers, le serrano à sept heures du matin en sortant de Salamanque, etc.

    Je n’aime pas:
    les loulous blancs, les femmes en pantalon, les géraniums, les fraises, le clavecin, Miro, les tautologies, les dessins animés, Arthur Rubinstein, les villas, les après  midi, Satie, Bartok, Vivaldi, téléphoner, les chœurs d’enfants, les concertos de Chopin, les bransles de Bourgogne, les danceries de la Renaissance, l’orgue, M. A. Charpentier, ses trompettes et ses timbales, le politico  sexuel, les scènes, les initiatives, la fidé­lité, la spontanéité, les soirées avec des gens que je ne connais pas, etc.


    J’aime, je n’aime pas: cela n’a aucune importance pour personne; cela, apparemment, n’a pas de sens. Et pourtant tout cela veut dire : mon corps n’est pas le même que le vôtre.
    Ainsi, dans cette écume anar­chique des goûts et des dégoûts, sorte de hachurage distrait, se dessine peu à peu la figure d’une énigme corporelle, appelant complicité ou irrita­tion.
    Ici commence l’intimidation du corps, qui oblige l’autre à me supporter libéralement, à rester silencieux et courtois devant des jouissances ou des refus qu’il ne partage pas.

    (Une mouche m’agace, je la tue : on tue ce qui vous agace. Si je n’avais pas tué la mouche, c’eût été par pur libéralisme: je suis libéral pour ne pas être un assassin.)



    Roland BARTHES, Roland Barthes par Roland Barthes. 1975.

  • cinéma

    Un monde, des enfants, du ciel, des anges, les ailes du désir!

    20 juillet 201129 mai 2025

    Als Das Kind Kind war…

    Lorsque l’enfant était enfant,
    il marchait les bras ballants,
    voulait que le ruisseau soit rivière
    que la rivière soit fleuve,
    et cette flaque, la mer …


    Lorsque l’enfant était enfant,
    il ne savait pas qu’il était enfant,
    tout pour lui avait une âme
    et toutes les âmes étaient une …


    Lorsque l’enfant était enfant,
    il n’avait d’opinion sur rien,
    il n’avait pas d’habitudes,
    il s’asseyait en tailleur,
    démarrait en courant,
    avait une mèche rebelle
    et ne faisait pas de mines quand on le photographiait…

  • littérature

    Et ça me rappelle toujours et tellement cet autre chef-d’oeuvre…

    18 juillet 201129 mai 2025

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