-
-
Redisons ce qu’on peut faire de ce qui nous arrive en restant digne et responsable.
Il y a, nous l’avons mentionné, des circonstances dans lesquelles, quoi qu’on fasse pour s’en prémunir, on ne peut manquer de se sentir ébranlé et de voir nos certitudes vaciller. Ces circonstances qui confrontent les corps parlants à l’impossible à supporter sont multiples et variées, mais énumérons-en à nouveau quelques-unes déjà évoquées : la puberté, une première rencontre charnelle avec le corps de l’autre, la perte d’un être cher, la perspective d’un engagement d’envergure, la perte de son statut social, une maladie grave, et plus généralement, toute conjoncture de choix forcé, c’est à dire de choix impossible à faire, mais devant lequel il est également impossible de se dérober, d’un choix qui implique, quoi qu’il arrive, une perte radicale.Ces circonstances dessinent autant de moments où l’on peut se sentir ébranlé plus ou moins radicalement de notre être, avec un sentiment qui peut aller jusqu’à s’éprouver sans recours. Ce sont autant de moments heureux et/ou malheureux où le monde peut sembler changer de face, ou notre rapport aux autres se modifie de ce fait, pour devenir parfois, même furtivement, incertain.
Face à l’Altérité qui se manifeste alors qu’on nous, et qui, pour être nôtres, s’éprouve toutefois toujours comme radicalement étrangère, deux actions s’offrent alors au sujet. Il peut d’abord se dérober et se haïra alors lui-même de ne pouvoir convenablement faire face à ce que les circonstances exigent de lui, à savoir un choix, un engagement qui suppose une perte. La tristesse et la dépression sont à la clé de cette dérobade. Elles dureront le tant que durera la dérobade – Lacan tenait en ce sens la dépression pour la conséquence d’une lâcheté morale . Mais un sujet peut aussi se dérober sans se haïr, et en cela sans se nuire, mais en se mettant alors à en haïr d’autres, localisant en eux la haine qu’il s’inspire du seul fait de ne pouvoir faire le choix qui s’imposerait. Il peut encore se haïr et en haïr d’autres tout à la fois, car la première option n’empêche pas la seconde.
(…)
Un arrachement inventif
Quoi qu’il ne puisse davantage la reconnaître comme sienne, le sujet peut (…) aussi tenir compte de l’émergence de cette Altérité, consentir à composer avec elle comme avec lui-même, et s’arracher alors résolument à la prise que la haine pourrait avoir sur lui. C’est là, dans cet arrachement inventif, que la seule voie éthique qui s’offre aux sujets susceptibles de haïr. Mais tant que dure le refus de faire une place à l’Altérité qui nous habite via l’inconfort qu’elle accompagne, la haine dure elle aussi. Nulle fatalité donc à ce que cette altérité soit rejeté et porté au compte de l’autre. Se savoir exilé d’un rapport définitivement harmonieux aux autres et au monde, et assumer la responsabilité de cet exil chaque fois qu’il se rappelle à nous, offrent ainsi quelque alternative possible à la haine.
C’est là, dans cette alternative, qu’il devient possible de trouver une façon vivante d’être en relation avec nos (si peu) frères humains, ce qui suppose une certaine tolérance à d’autres façons de faire face à cette dysharmonie. Tolérance, le mot est lancé ! Alors ajoutons immédiatement que la tolérance doit bien sûr connaître des limites. En l’occurrence, les limites qu’on peut fixer à l’autre, spécialement quand il nous cherche des crosses (cela arrive quelques fois), sont d’autant plus convaincantes que sa haine ne fait pas trop écho à la haine de soi. Pour pouvoir le cas échéant opposer non pas la haine à la haine, mais bien plutôt la violence qui est parfois seule susceptible de l’affaiblir – on ne fait pas reculer la haine avec les bons sentiments –, il faut non seulement savoir ne pas haïr celui qui suscite en nous cette violence, mais encore ne pas s’offrir à lui en victime expiatoire. Ainsi, si la haine fait nécessairement violence celui qui l’éprouve comme à celui qu’elle vise, toute violence n’est cependant pas signe de la haine. On peut bien en effet exercer la violence sans haine, c’est-à-dire sans viser la destruction de l’Autre en tant que tel, pour lui-même – c’est peut être d’ailleurs la seule modalité d’une violence authentiquement légitime. Par ailleurs, si la haine fait toujours signe d’une certaine lâcheté en ce qu’elle procède d’une dérobade, la violence peut bien être, à certaines conditions, l’expression du courage et de la responsabilité, ce que la haine n’est jamais.
(…)
Si il y a ainsi que les spécialistes de la dérobade et ceux du courage, il y a surtout autant de rapports possibles à cette Altérité qu’il y a d’êtres parlants sur terre. Et on peut bien être courageux une fois, et lâche la fois suivante, rien de garanti jamais à personne d’être définitivement droit.in Actualité de la haine, Anaëlle Lebovitz-Quenehen. Navarin éditeur, 2020
-
Les rues de Forest sont aussi bien que les rues de Saint-Gilles :

Wim RIETVELD (1924-1985) et Friso KRAMER (1922-2019)
‘Reply’Table à dessin en acier laqué gris et bois naturel
Conçue par Wim Rietveld en collaboration avec Friso Kramer vers 1956
Signée sur les poignées Ahrend Cirkel
Larg. du (plateau): 120 cm
H. (plateau): 79 cm
Le fabricant néerlandais Ahrend de Cirkel est né de l’union de deux entreprises: Ahrend, fondée par Jacobus Ahrend en 1896 et De Cirkel fondée par Jan Schröfer en 1934. Dans la période d’après-guerre, Ahrend de Cirkel produit des meubles conçus par certains des designers les plus célèbres des Pays-Bas, dont Friso Kramer et Wim Rietveld.Prix du Signe d’Or à Bruxelles en 1963
Objet trouvé en février 2021
-
Quelques gros mots… (reloaded)
Comme une déclaration d’intentions :
Je laisse un certain cynisme contemporain et ses slogans à son propre spectacle, je ne le prend pas au sérieux parce que je n’ai pas besoin de lui pour ce qui m’occupe ici ; ainsi que certains soi-disant surréalistes…
Et ceux qui pensent que c’était mieux avant, du genre simple et authentique, et qui ne tentent pas de se sensibiliser aux émergences de nouvelles créations, aux choses. Celles-ci ne se présentant pas à notre perception d’elles-mêmes (personne ne nous les introduira), il faut pouvoir leur laisser une place, un vide, un calme pour leur donner l’occasion d’éventuellement apparaître (qu’on puisse en avoir/recevoir une idée).
Ainsi que ceux qui, alors qu’ils affirment aimer les hommes et le monde, trouvent quand même toujours de quoi partir en guerre contre eux.
Je les laisse donc car le monde est surtout si beau des fois…
Cette mise à l’écart revient à remplacer l’examen de leur futile opinion par, comme dirait l’autre, l’analyse d’un sujet important : moi-même.
Un Travail sur des interrogations autant que sur des affirmations ou des réponses à donner, car toutes ces questions quand même…
Devoir y répondre, être saisi par elles ; arrogance, ad-rogare (rogare, demander), celui qui te défie de répondre ; le piège…
Il y a un présupposé des questions, cela veut dire alors qu’y répondre c’est accepter la façon dont la question est posée et donc accepter par là même les grilles d’analyse et de questionnement qu’elles impliquent. On prendrait ainsi le risque de voir tous les événements et tous les problèmes, se rabattre sur cette grille déformante. Piégé dans un débat miné d’avance.
Répondre ou répliquer, c’est donc se condamner à rédupliquer les termes de la question qui est posée et, généralement, déjà signer une défaite de la pensée.
Certaines questions nous imposent certains problèmes comme pertinents. Entrer en matière sur celles-ci, indépendamment de la vérité ou de l’erreur possible des réponses qu’on y apportera, c’est s’empêcher alors de poser les problèmes véritablement importants. Et puis parler, comme disait l’autre, c’est quand même toujours un peu sale… enfin, ça aussi, ça dépend…Une sociologie facile :
J’ai quelques exigences, alors je serais élitiste ou rêveur.
J’ai une certaine idée du goût, alors je serais snob…
Et mon goût d’un certain éclectisme, assimilé à un exotisme indifférent et apolitique…
Pour des riches, je serais pauvre ; pour un prolétaire, je serais un bourgeois ; pour un esprit petit-bourgeois, je serais… ; pour une personne cultivée ; pour une jeunesse branchée et bien culturée ; pour un universitaire…
Tout cela ne fait que rabattre mon sujet (particulier) sur des classifications générales afin de mieux me « comprendre », merci.Serais-je donc, comme d’autres, à la merci d’une certaine haine universelle… bon…
-
Gleichschwebende Aufmerksamkeit… écouter le monde autrement…
Freud distingue deux règles analytiques essentielles. La première est du côté de l’analysant : c’est “l’association libre”. Le patient est amené à dire tout ce qui lui passe par la tête, sans intention préalable, en suivant chaque idée qui se présente, aussi insensée et saugrenue soit-elle. Ça bouleverse le rapport de cause à effet conscient. D’où une apparence de dispersion. Mais de ce discours, qui peut sembler irrationnel, se dégage une autre logique qui est celle de l’inconscient. La seconde règle est le pendant de cette association libre, côté analyste. C’est ce que Freud a appelé “l’attention flottante”… -
Dans la petite suite…
(…)
C’est le point décisif, qui achève de boucler le dispositif : le défenseur, sommé de prouver encore et encore sa version des faits, se voit opposer une fin de non-recevoir systématique, appuyée par toute une série de méthodes de réfutation profondément spécieuses. La première de ces méthodes, c’est évidemment l’hyper-criticisme ; c’est à ce niveau-là que s’opère la confusion dangereuse avec le libre-examen, dont il emprunte partiellement la forme (à savoir, la possibilité de mettre en doute tout argument d’autorité) ; cependant, là où l’hyper-criticisme s’écarte du libre-examen, c’est qu’il s’exerce au sein d’un champ de connaissance déjà conditionné par les trois points précédents (ce n’est pas la même chose de critiquer le géocentrisme au nom d’expériences scientifiques aux résultats contradictoires, comme Galilée, ou de mettre en doute la thèse officielle du 11 septembre au nom d’un fantasme paranoïaque sans aucun élément probatoire, comme Meyssan). La méthode hypercritique est bien évidemment hermétique à toute forme d’éthique de discussion fondée sur une réciprocité ; partant du credo que la meilleure défense c’est l’attaque, elle repose en fait sur un déni de toute réciprocité. Son modèle, c’est celui de l’inquisiteur et de la sorcière, pas celui du dialogue et de la confrontation de points de vue. Ce point est crucial car il explique la focalisation sur le détail, le fait que le défenseur ne peut que contre-argumenter en articulant à son tour sa défense autour de ce même détail, alors qu’une vue d’ensemble appliquée à l’ensemble de la discussion aurait tôt fait de neutraliser tout le dispositif conspirationniste. L’accusateur conspirationniste refuse d’aller sur ce terrain ; il est essentiellement accusateur et n’a pas à répondre des objections qui lui sont faites.Extrait de « Notes sur une possible épistémologie conspirationniste » par Pierre Chevalier paru dans la revue n°3 de Ulenspiegel, automne 2020. à suivre ici : 1e élément : La Méthode tronquée (ou Descartes à la carte) – 2e élément : Déhiérarchisation des éléments probatoires – 3e élément : Renversement de la charge de la preuve
-
Essentialisation de son partenaire de discussion : pas bien…
» 4e élément : Irrecevabilité a priori des éléments de preuve et disqualification essentialiste de la défense. (…)Autre élément participant à cette irrecevabilité a priori des preuves, c’est la disqualification du défenseur (et de ses preuves) au nom de son Essence ou l’essentialisation de la défense. En d’autres termes, les preuves ne sont pas recevables car celui qui les apporte est forcément suspect en raison de son appartenance à un groupe qui a intérêt à soutenir la thèse officielle. Lors des débats nazis sur la question juive, il est évident que les Juifs n’avaient pas droit au chapitre, car ils étaient partie prenante — on se souvient qu’Eichmann était considéré comme un expert en la matière ; au même titre que les 700 témoins de l’avion s’écrasant sur le Pentagone avaient tout intérêt à mentir car ils étaient liés au complexe militaro-industriel. De même, aucun virologue n’est légitime dès lors qu’il s’agit de discuter de la réelle dangerosité d’un virus car son expertise le disqualifie d’entrée de jeu (il a bien dû acquérir cette expertise quelque part, ce qui détruit sa prétention à la neutralité). C’est là un arsenal pseudo-argumentaire qui — même s’il repose sur une sophistique ultra-violente — est très efficace. Son efficacité réside justement dans cette non-réciprocité ; il neutralise toute possibilité de dialogues, renforce dans leurs convictions ceux qui sont convaincus et ne laisse aucune possibilité d’échange avec ceux qui ne le sont pas. C’est un discours fondé sur l’exclusion ; c’est l’antithèse du dialogue puisqu’il va jusqu’à nier radicalement la subjectivité de l’adversaire (un élément qui souligne sa parenté avec le négationnisme, avec lequel il se confond de plus en plus). Il alterne les registres de la mauvaise sylllogistique, de l’argument ad hominem, du passionnel ; il saute de l’un à l’autre en ne laissant aucune chance à l’adversaire et en conservant l’initiative, à moins de se voir opposer un adversaire d’égale mauvaise foi. »
Extrait de « Notes sur une possible épistémologie conspirationniste » par Pierre Chevalier paru dans la revue n°3 de Ulenspiegel, automne 2020. à suivre ici : 1e élément : La Méthode tronquée (ou Descartes à la carte) – 2e élément : Déhiérarchisation des éléments probatoires – 3e élément : Renversement de la charge de la preuve
-
En deçà de la raison, du discours et des bonnes intentions
Les objets privilégiés de la haine sont choisis comme tels sur leur différence, cela est clair. C’est toujours leur différence qui est visée par la haine, que cette différence soit visible à l’œil nu, ou repérée dans un mode de jouissance plus discret et donc plus difficilement repérable.
Une subtile doxa — subtile mais un tantinet psychologisante — considère volontiers que l’affect haineux se porte sur l’autre afin que le haineux se déleste sur lui du poids de sa propre misère. Dans cette perspective, le haï est perçu comme un objet sacrificiel dont la destruction est souhaitée, et même visée quand les circonstances le permettent, parce qu’il porte sur lui ce qu’un sujet hait de lui-même sans pouvoir le reconnaître comme sien.
Ce retournement, classique au demeurant, fait remonter la haine de l’Autre à la haine de soi. Si cette thèse n’est pas fausse, elle manque cependant la profondeur de la haine, et la manquant, elle passe à côté de sa solidité comme de sa pérennité. La dimension apparemment irréductible de la haine n’est en effet saisissable qu’à considérer cet affect au point logique où il émerge et qui se situe en amont de la haine de soi dont on fait trop souvent l’alpha et l’oméga de la haine de l’Autre.
La haine de l’altéritéSoutenons en effet que plus qu’un rapport de soi à soi, la haine exprime un rapport de soi à l’Altérité qui habite chacun de nous. Cette Altérité, nous l’écrivons avec une majuscule, car elle n’est pas un autre soi qui doublerait le premier. Quoiqu’elle soit de nous, elle est plus étrangère encore à l’homme que les autres hommes ne lui sont étrangers. Elle ne s’éprouve d’ailleurs pas tous les jours, mais très spécialement dans certaines circonstances, et s’avère alors aussi intense que résolument intérieure. Lacan la repère dans ce qu’il invente de nommer un temps. la «jouissance Autre », Autre, car elle n’est susceptible d’aucune subjectivation, ni d’aucune objectivation d’ailleurs. Elle peut à peine se dire et se reconnaît surtout aux effets qu’elle produit sur le sujet. Elle est donc Autre d’abord au sujet qui l’éprouve et ensuite, par voie de conséquence, aux autres. Tâchons donc de saisir la haine à partir de cet éprouvé, car la haine est, chez le haineux, la conséquence d’un certain rapport à cette jouissance Autre, soit à l’Altérité qu’elle fait surgir.
Cette Altérité qui nous habite, nous en faisons spécialement l’épreuve lorsque la dysharmonie aux autres qui fait notre lot, humain, trop humain, se rappelle à nous. Il y a, Nous l’avons mentionné, des circonstances Nous l’avons mentionné, des circonstances dans lesquelles, quoi qu’on fasse pour s’en prémunir, on ne peut manquer de se sentir ébranlé et de voir nos certitudes vaciller. Ces circonstances qui confrontent les corps parlants à l’impossible à supporter sont multiples et à l’impossible à supporter sont multiples et variées, mais énumérons-en à nouveau quelques-unes déjà évoquées la puberté, une première rencontre charnelle avec le corps de l’autre, la perte d’un être cher, la perspective d’un engagement d’envergure, la perte de son d’un engagement d’envergure, la perte de son statut social, une maladie grave, et plus généralement, toute conjoncture de choix forcé, c’est-à-dire de choix impossible à faire, mais devant lequel il est également impossible de se dérober, d’un choix qui implique, quoi qu’il arrive, une perte radicale.
Ces circonstances dessinent autant de moments où l’on peut se sentir ébranlé plus ou moins radicalement dans notre être, avec un sentiment qui peut aller jusqu’à s’éprouver sans recours. Ce sont autant de moments heureux recours. Ce sont autant de moments heureux et/ou malheureux où le monde peut sembler changer de face, où notre rapport aux autres se modifie de ce fait, pour devenir parfois, même furtivement, incertain.
Face à l’Altérité qui se manifeste alors en nous, et qui, pour être nôtre, s’éprouve toutefois toujours comme radicalement étrangère, deux options s’offrent alors au sujet. Il peut d’abord se dérober et se haïra alors lui-même de ne pouvoir convenablement faire face à ce que les circonstances exigent de lui, à savoir un choix, un engagement qui suppose une perte. La tristesse et la dépression sont à la clé de cette dérobade. Elles dureront le temps que durera la dérobade. – Lacan tenait en ce sens la dépression pour la conséquence d’une lâcheté morale (1). Mais un sujet peut aussi s’y dérober sans se haïr et en cela sans se nuire, mais en se mettant alors à en haïr d’autres, localisant en eux la haine qu’il s’inspire du seul fait de ne pouvoir faire le choix qui s’imposerait. Il peut encore se haïr et en haïr d’autres tout à la fois, car la première option n’empêche pas la seconde.
S’il n’est donc pas faux de considérer que la haine de l’autre en passe par la haine de soi, soulignons que cette haine de soi en passe elle-même d’abord par un rejet de ce qui est à la fois le plus étranger et le plus intime en soi, cette jouissance Autre qui se manifeste toujours sous le régime de l’intrusion et de l’effraction.
La haine (de soi ou de l’autre) fait en ce sens toujours signe du rejet de l’Altérité à soi qui habite chacun, et qui se manifeste spécialement dans les grands moments d’une existence. Si cette intime Altérité n’est pas elle-même négative, la passion de l’ignorance (2) dont elle fait électivement l’objet, engendre la haine à titre d’effet secondaire. Mais haïr n’est pas la seule option qui se présente à ceux qui s’éprouvent subitement étrangers à eux-mêmes. Fort heureusement, d’ailleurs ! Venons-en donc à la troisième option qui se présente alors à un sujet.Un arrachement inventif
Quoiqu’il ne puisse pas davantage la reconnaître comme sienne, le sujet peut en effet aussi tenir compte de l’émergence de cette Altérité, consentir à composer avec elle comme avec lui-même, et s’arracher alors résolument à la prise que la haine pourrait avoir sur lui. C’est là, dans cet arrachement inventif, qu’est la seule voie éthique qui s’offre au sujet susceptible de haïr. Mais tant que dure le refus de faire une place à l’Altérité qui nous habite et à l’inconfort qui l’accompagne, la haine dure elle aussi. Nulle fatalité donc à ce que cette Altérité soit rejetée et portée au compte de l’autre. Se savoir exilé d’un rapport définitivement harmonieux aux autres et au monde, et assumer la responsabilité de cet exil chaque fois qu’il se rappelle à nous, offrent ainsi quelque alternative possible à la haine.
C’est là, dans cette alternative, qu’il devient possible de trouver une façon vivante d’être en relation avec nos (si peu) frères humains, ce qui suppose une certaine tolérance à d’autres façons de faire face à cette dysharmonie. Tolérance, le mot est lancé ! Alors ajoutons immédiatement que la tolérance doit bien sûr connaître des limites. En l’occurrence, les limites qu’on peut fixer à l’autre, spécialement quand il nous cherche des crosses (cela arrive quelquefois), sont d’autant plus convaincantes que sa haine ne fait pas trop écho à la haine de soi. Pour pouvoir le cas échéant opposer non pas la haine à la haine, mais bien plutôt la violence qui est parfois seule susceptible de l’affaiblir — on ne fait pas reculer la haine avec les bons sentiments —, il faut non seulement savoir ne pas haïr celui qui suscite en nous cette violence, mais encore ne pas s’offrir à lui en victime expiatoire. Ainsi, si la haine fait nécessairement violence à celui qui l’éprouve comme à celui qu’elle vise, toute violence n’est cependant pas signe de la haine. On peut bien en effet exercer la violence sans haine (3), c’est-à-dire sans viser la destruction de l’autre en tant que tel, pour lui-même – c’est peut-être d’ailleurs la seule modalité d’une violence authentiquement légitime. Par ailleurs, si la haine fait toujours signe d’une certaine lâcheté en ce qu’elle procède d’une dérobade, la violence peut bien être, a certaines conditions, l’expression du courage et de la responsabilité, ce que la haine n’est jamais.
C’est donc enfin dans ce rapport éthique à l’Altérité qui nous habite qu’il y a quelque chance de s’en faire une alliée, si elle parvient à ne pas se dégrader en haine. Si cette Altérité est, en tant que telle, en deçà du bien et du mal, ni bonne ni mauvaise, antéprédicative (4), seul le rapport qu’on y entretient pour son propre compte peut être bon ou mauvais. Il peut ainsi produire le meilleur comme le pire : le meilleur si l’on consent à s’en faire responsable comme de soi-même, voire à prendre appui sur la béance qu’elle ouvre, et le pire, si on la rejette dans la haine (de soi et/ou de l’autre) pour n’en rien savoir.
S’il y a ainsi les spécialistes de la dérobade et ceux du courage, il y a surtout autant de rapports possibles à cette Altérité qu’il y a d’êtres parlants sur cette terre. Et on peut bien être courageux une fois et lâche la foi suivante, rien ne garantit jamais à personne d’être définitivement droit. Le courage est ainsi toujours à reconquérir en son fond. Si une psychanalyse se mène jusqu’à un certain terme, c’est précisément celui où un sujet consent à composer avec cette intime altérité comme avec lui-même. Elle le mène en effet à ce point où cette Altérité s’avère être ce qu’il a tout à la fois de plus y entretient. C’est donc depuis une position éthique est possible de faire usage de cette Altérité, plutôt que de se laisser aspirer dans le ravage ou de la rejeter dans la haine.1. Cf. Lacan J., « Télévision », op.cit., p. 526.
2. Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p.110.
3. Cf. Miller J.-A., « Enfants violents », op.cit., p. 24.
4. Cf. Miller J.-A., « L’économie de la jouissance », La Cause freudienne, N°77, février 2011, p. 147.extrait gentiment du très bon livre d’Anaëlle Lebovits-Quenehen ‘Actualité de la haine: une perspective psychanalytique’ édition navarin, 2020.
> ce qui peut rendre certaines discussions compliquées ou même impossibles -
-
C O Z . T J S . 2.0 . aujourd’hui : « débattre » disent-ils…
Aaaah heureusement qu’il y a des malinus quand même hein… 🙂
Pierre Vidal-Naquet, qui faisait sûrement partie d’un gang de pédophiles avec ses amis (surtout ceux qui renvoyaient comme lui les négationnistes et antisémites dans les cordes), buveur de sang d’embryon enlevé à des jeunes filles catholiques, cousin du petit fils de l’ancêtre de l’inventeur de la 5g et surtout de la fine tige de métal qui se situe dans les masques que l’on nous impose aujourd’hui qui permet de recevoir les ondes en question afin de contrôler le cerveau de celui qui le porte, afin, bien sûr de constituer petit à petit cet nouvel ordre mondial où toute tradition, qui portent pourtant en elle les preuves irréfutables que tout était mieux avant (la jeunesse surtout…) sera balayée au profit d’un capitalisme fait pour les moutons que nous sommes, et que … enfin, ce monsieur, a dit cette chose qui pourrait à mon sens, et vous l’avez compris je suppose, convenir à un moment tout aussi bien pour les anti-tout, qu’on appelle aujourd’hui avec justesse « haters » : anti-complots, anti-masques, anti-pédés, anti-intellos, anti-bobos et blablabla…
« Qu’il soit entendu une fois pour toutes que je ne réponds pas aux accusateurs, que, sur aucun plan, je ne dialogue avec eux. (Bim! ndlr) Un dialogue entre deux hommes, fussent-ils adversaires, suppose un terrain commun, un commun respect, en l’occurrence, de la vérité. Mais avec les “révisionnistes”, ce terrain n’existe pas. Imagine-t-on un astrophysicien qui dialoguerait avec un “chercheur” qui affirmerait que la lune est faite de fromage de Roquefort ? C’est à ce niveau que se situent ces personnages. Et, bien entendu, pas plus qu’il n’existe de vérité absolue, il n’existe de mensonge absolu, bien que les “révisionnistes” fassent de vaillants efforts pour parvenir à cet idéal. Je veux dire que, lorsqu’il s’avère que les passagers d’une fusée ou d’une navette spatiale ont laissé sur la lune quelques grammes de Roquefort, il n’y a pas à nier cette présence. Jusqu’à présent, l’apport des “révisionnistes” à nos connaissances se place au niveau de la correction, dans un long texte, de quelques coquilles. Cela ne justifie pas un dialogue, puisqu’ils ont surtout démesurément agrandi le registre du mensonge.
Je me suis donc fixé cette règle : on peut, et on doit discuter sur les “révisionnistes” ; on peut analyser leurs textes comme on fait l’anatomie d’un mensonge ; on peut et on doit analyser leur place spécifique dans la configuration des idéologies, se demander le pourquoi et le comment de leur apparition, on ne discute pas avec les “révisionnistes”. Il m’importe peu que les “révisionnistes” soient de la variété néo-nazie, ou la variété d’ultra-gauche ; qu’ils appartiennent sur le plan psychologique à la variété perfide, à la variété perverse, à la variété paranoïaque, ou tout simplement à la variété imbécile, je n’ai rien à leur répondre et je ne leur répondrai pas. La cohérence intellectuelle est à ce prix (2) »
(extrait de l’Avant-Propos des Assassins de la Mémoire, éd. Maspero, 1981 ; rééd. La Découverte, 2005, pp. 8-9).Evidemment la faiblesse de l’argument est qu’il repose sur le savoir ou non de celui qui parle, or ce n’est sans doute pas seulement lié à un problème épistémologique mais aussi, comme il y fait référence trop légèrement à mon gout, à un plan psychologique spécifique : celui de la paranoïa.
Et vous me direz : dans le fond c’est quoi le problème de la paranoïa ? Passke si elle permet de voir ce que d’autre ne voit pas, de rendre plus lucide celui qui l’accueille en payant le prix d’un peu de méfiance exagérée, n’y a t’il pas là un gain intéressant ?!
Eh bien je vous invite à prendre au sérieux cette question, vous devriez à la fin découvrir que non, il vaut mieux s’en passer de la paranoia 🙂 mais je vous enjoins à vous renseigner sur les effets de la paranoïa et surtout, sur ses causes… Passionnant !