Le boycott

Aujourd’hui, on rencontre de plus en plus de ces gens curieux qui pensent qu’ils réalisent une action politique en boycottant.
Ainsi, on boycott Spotify, on ne va pas voir tel film avec tel acteur, on boycott l’avion, ou telle marque pour avoir dit, fait / pas fait ceci cela, on boycott des fois même un pays 1..
Nos boycotteurs croient à leur individualité et on n’aurait pas envie de leur donner tort puisque notre système démocratique est basé sur leur autonomie à la faire valoir…
à ceci près que cela se déroule au sein de notre société de consommation. C’est donc avant tout comme consommateurs que nos boycotteur agissent – ça commence pas ouf…
Aussi on punit les mauvais élèves en leur joignant de rentrer dans les rangs : c’est la politique de négativité en plein (P. Rosanvallon). Cette militance « anti » fainéante (« un p’tit geste ») ne leur interdit par ailleurs pas une exception de temps en temps dans leurs habitudes – réalisme cynique.
Tout cela est très bien évidemment, lorsque assez de personnes rejoignent un boycott, les stratégies de certaines entreprises se voient un petit peu bousculées : ça les pousse à développer de manière opportuniste une stratégie de communication nouvelle et plus efficace à l’endroit du conflit, à toucher de nouveaux clients potentiels, plutôt qu’à réellement changer leur propre mode de production problématique…
On est aussi certain qu’en soulignant des infractions et en poussant les suiveurs à consommer ailleurs, le boycott participe à insister sur les bonnes règles du jeu, et donc à les raffermir, que celles-ci soient celles du capitalisme financier ou de la société de consommation ne semble pas gêner nos boycotteurs.
Mais ce qui dans sa phénoménalité m’est le plus désagréable se situe là où cette décision a le vilain défaut d’émaner avec facilité du narcissisme individuel contemporain : ceux qui boycottent ne peuvent le faire sans le proclamer haut et fort partout et sur les réseaux, on peut résumer leur propos : je me suis mis du côté du bien, moi je. Moraline.
Mais le constat principal le plus préoccupant est qu’à rassembler ces points, on réalise qu’au fond, le boycott met en lumière le dépit profond dans lequel ses adeptes se trouvent face aux changements nécessaires mais qu’ils n’arrivent pas à faire advenir. il faut souligner qu’il est le symptôme du phénomène plus large : une forme de militance dépassée qui ressent son inefficacité croissante et sa position de plus en plus désespérée. Ils ne font que démontrer de fait, par cette « action directe » qu’ils n’ont plus d’espoir dans l’effectivité de l’engagement politique historique et qu’ils se sont résigné à l’individualisme néo-libéral.
Flagornerie sur l’interface, tristes sentiments d’impuissance inconscients en arrière fond.

  1. Le boycott économique- et donc culturel – dont fait les frais aujourd’hui Israël est dans ce sens consternant : Avant tout il affaibli les acteurs les plus faibles de la société, c’est à dire tous ceux qui demain pourraient constituer l’alternative nécessaire : les opposants du régime, les associations civiles, les minorités agissantes, les acteurs de terrain, le monde culturel – tous ceux qui résistent et s’opposent à l’usage du pouvoir qu’en font ceux qui l’ont pour l’instant. Ce boycott n’inquiète pas une seconde ces derniers et leurs amis qui en profiteront toujours pour se dire l’instrumentaliser et se positionner comme victimes d’une propagande mal intentionnée.