Rire dans l’escalier

On a fait le tour de la coursive, en regardant en l’air, pour repérer les différentes parties de la fresque notamment la scène du marché aux esclaves, et les pigeons de Maurizio Cattelan qu’on voyait pour la première fois de près, puis j’ai lu à Léonore debout dans l’escalier le texto qu’Emma Lavigne venait de m’envoyer : « J’espère que la nuit sera inspirante au milieu des œuvres ! Amitiés, Emma. » Le texto était suivi d’un émoticône de trèfle à quatre feuilles. Ça m’a fait plaisir. Mais j’ai pensé qu’Emma Lavigne n’avait pas idée de mon incompétence, de mon indifférence pour tout ce qui n’était pas écrire, qu’elle ne savait pas que je n’avais rien réussi d’autre, et pas essayé de comprendre autre chose depuis longtemps. J’avais l’impression de la trahir, d’avoir fait une promesse, de m’être engagée à dire quelque chose sur tout ça, à bien regarder les œuvres, et de faire n’importe quoi, d’être là, à rire dans l’escalier (…)

in La Nuit sur commande, Christine Angot
, 2025, Stock.